Vincent Ferrand Rédacteur technique
Entretien d'une pompe à chaleur : l'obligation, la visite et le contrat
Au-delà de 4 kW, la visite est imposée tous les deux ans. Ce qu'elle couvre réellement, ce qu'un contrat ajoute par-dessus, et les gestes qui ne coûtent rien.
En bref
Une pompe à chaleur dont la puissance nominale va de 4 à 70 kW doit être entretenue au moins tous les deux ans, par un professionnel qualifié qui remet une attestation dans les quinze jours. Un chauffe-eau thermodynamique isolé en est dispensé. Comptez 150 à 250 € la visite seule, 160 à 350 € l'année pour un contrat, et rien pour les gestes que vous faites vous-même entre deux passages.
Quatre kilowatts, et la visite devient obligatoire
L’obligation ne vient pas d’un constructeur ni d’un installateur. Elle vient de l’article R. 224-44 du code de l’environnement, créé par le décret n° 2020-912 du 28 juillet 2020 : les systèmes thermodynamiques d’une puissance nominale comprise entre 4 et 70 kW font l’objet d’un entretien périodique. La périodicité tient en une phrase à l’article R. 224-44-3 : « La période séparant deux entretiens ne peut pas excéder deux ans. »
Deux ans. Pas un an, quelle que soit la fréquence imprimée sur la plaquette de l’installateur.
La puissance à comparer au seuil est la puissance nominale de la machine, celle de la plaque signalétique, pas la consommation électrique. Sur un équipement réversible, on retient la plus élevée des deux valeurs, chaud ou froid. Et le ministère précise, dans sa foire aux questions sur ces textes, que les machines d’un même propriétaire dans un même bâtiment s’additionnent : quatre splits de 3 kW forment un système de 12 kW, donc soumis.
Une exclusion, une seule, et elle est écrite dans le dernier alinéa de l’article R. 224-44 : les systèmes destinés uniquement à la production d’eau chaude pour un seul logement. Votre chauffe-eau thermodynamique de 200 litres échappe donc à l’obligation, alors que la pompe à chaleur air-eau qui produit aussi votre eau chaude y est soumise.
| Votre installation | Ce que le code impose |
|---|---|
| Pompe à chaleur air-eau de maison, 6 à 16 kW | Un entretien tous les deux ans au plus |
| Clim réversible multisplit, cumul supérieur à 4 kW | Un entretien tous les deux ans au plus |
| Mono-split unique de 2,5 ou 3,5 kW | Rien de périodique |
| Chauffe-eau thermodynamique seul | Rien de périodique |
| Installation collective d’immeuble au-delà de 70 kW | Une inspection tous les cinq ans, à la charge du syndicat |
Qui commande la visite ? L’occupant pour un système individuel, sauf clause contraire du bail. Le propriétaire ou le syndicat pour un système collectif. Le premier entretien intervient au plus tard deux ans après la pose, et les machines déjà installées au 1er juillet 2020 devaient avoir été vues avant le 1er juillet 2022.
Ce que la visite couvre, et ce qu’elle ne couvre pas
Le contenu n’est pas laissé à l’appréciation du technicien. L’arrêté du 24 juillet 2020 en dresse la liste, et l’article R. 224-44-2 en fixe les cinq têtes de chapitre : vérification, contrôle d’étanchéité du circuit frigorigène, nettoyage si nécessaire, réglage, conseils.
Dans le détail, l’arrêté demande trois passages successifs.
- Sur le générateur Relevé des températures aux unités intérieure et extérieure, essai de l'inversion de cycle, vérification de l'enclenchement des appoints électriques, mesure des tensions. Sur une machine aérothermique, nettoyage de l'échangeur extérieur et de l'unité intérieure.
- Sur la distribution Contrôle de l'embouement du circuit d'eau, purge des bulles d'air, examen des circulateurs, de la pression et du vase d'expansion, nettoyage des filtres, état de l'isolation des réseaux qui passent hors du volume chauffé.
- Sur le pilotage Présence effective d'une régulation automatique de température, essai des sondes et des robinets thermostatiques.
Puis vient le papier. L’attestation d’entretien est établie dans les quinze jours qui suivent la visite ; elle identifie le système, donne la date, les mesures relevées, les défauts constatés, les actions correctives et les conseils d’optimisation. Elle se conserve : c’est elle qu’on présente à un agent de contrôle, à un assureur après un sinistre, et à un acheteur qui demande l’historique de la machine.
La liste s’arrête là, et son silence coûte cher. Ni les pièces ni la recharge de fluide n’entrent dans le forfait. Le désembouage d’un circuit encrassé, facturé entre 400 et 900 €, non plus : l’arrêté demande de contrôler l’embouement, pas de le traiter.
Le second seuil, celui du fluide
Un second texte se superpose au premier, et il ne parle plus de puissance mais de charge. C’est lui qui décide si le circuit se contrôle tous les deux ans ou tous les ans.
Le règlement (UE) 2024/573, successeur du règlement de 2014 sur les gaz fluorés, impose un contrôle d’étanchéité périodique dès que l’équipement contient 5 tonnes équivalent CO2 de fluide. Le seuil monte à 10 tonnes pour un circuit hermétiquement scellé en usine et étiqueté comme tel. Comme la tonne équivalent CO2 se calcule en multipliant la charge par le pouvoir de réchauffement du fluide, le même seuil tombe à des kilogrammes très différents selon ce qu’il y a dans les tuyaux.
| Fluide | Contrôle annuel à partir de | Circuit scellé en usine |
|---|---|---|
| R-410A | 2,4 kg | 4,8 kg |
| R-407C | 2,8 kg | 5,6 kg |
| R-32 | 7,4 kg | 14,8 kg |
| R-290 (propane) | jamais, il n’est pas fluoré | jamais |
2,4 kg de R-410A dans le circuit, et son contrôle d'étanchéité passe à un par an, en plus de la visite d'entretien. Beaucoup de pompes à chaleur air-eau en portent entre 1,5 et 3,5 kg.
Une machine posée en split, avec des liaisons frigorifiques raccordées sur le chantier, n’est pas un circuit hermétiquement scellé : elle relève du seuil bas. Un monobloc chargé en usine relève du seuil haut. Deux maisons voisines équipées de la même marque peuvent donc suivre deux calendriers différents, et personne ne le leur dit.
Le code articule les deux régimes sans les empiler. Le 2° de l’article R. 224-44-2 met un contrôle d’étanchéité dans la visite biennale, puis en dispense les équipements que le règlement européen couvre déjà, lesquels ont leur propre calendrier, plus serré. Le texte cite d’ailleurs toujours le règlement de 2014, remplacé depuis mars 2024 sans que la rédaction du code suive.
Chaque intervention sur le fluide donne lieu à une fiche d’intervention, prévue par l’article R. 543-82. Au-delà d’un certain seuil de charge, vous la cosignez et vous en gardez l’original cinq ans. Cette fiche vaut mieux qu’une facture : elle dit combien de fluide est entré dans le circuit, donc combien en était sorti.
Ce que vous faites vous-même, et qui ne coûte rien
Entre deux visites réglementaires, la machine passe une vingtaine de mois sans voir personne. Ce qu’elle perd pendant ce temps se rattrape sans outil et sans facture.
- En octobre, dégagez l'unité extérieure Un mètre libre devant la grille de soufflage, quarante centimètres à l'arrière. Coupez les herbes, retirez les feuilles collées à l'échangeur, vérifiez que l'écoulement des condensats n'est pas bouché. Une unité serrée contre un mur respire l'air qu'elle vient de refroidir.
- Le même jour, sortez les filtres des unités intérieures Sur une air-air, ce sont deux clips et un rinçage à l'eau tiède, séchage complet avant remontage. À refaire toutes les quatre à six semaines pendant la saison de chauffe si vous avez un animal.
- En hiver, regardez le givre plutôt que de le gratter Une couche blanche sur l'échangeur par temps humide est normale, la machine la fait fondre toute seule en inversant son cycle quelques minutes. Ce qui n'est pas normal : du givre qui reste plus de deux heures, une flaque gelée sous l'appareil, un dégivrage qui se déclenche toutes les demi-heures.
- Au printemps, relevez l'index et la pression Notez la consommation de la saison, comparez à l'an dernier à hiver comparable. Sur une air-eau, contrôlez le manomètre : entre 1,5 et 2 bars à froid pour une maison de plain-pied. Une pression qui baisse de mois en mois signale une fuite d'eau, pas de fluide.
Le reste ne vous appartient pas : tout ce qui se trouve derrière un capot vissé, le circuit frigorifique en entier, le nettoyage chimique de l’échangeur intérieur d’une air-eau, et le remplacement d’une sonde. Un manomètre de charge branché par un amateur vide le circuit plus sûrement qu’une fuite.
Le contrat d’entretien, et ce qu’il ajoute vraiment
Aucun texte n'impose de contrat. Le code impose une visite.
La différence se chiffre : un abonnement annuel facturé sur une obligation biennale vous fait payer deux fois ce que la loi demande une fois.
Les tarifs relevés à l’été 2026 se ressemblent d’un installateur à l’autre. Une visite ponctuelle, sans engagement, se facture 150 à 250 € pour une air-eau, un peu moins pour une air-air. Un contrat annuel va de 160 à 350 € selon la machine et le niveau de garantie ; les offres de base sur une air-air démarrent vers 150 €.
| Sur deux ans | Visite à l’unité | Contrat annuel |
|---|---|---|
| Nombre de passages | 1, celui qu’exige le code | 2 |
| Coût total | 150 à 250 € | 320 à 700 € |
| Délai d’intervention en panne | celui du planning | 24 à 72 h garanties |
| Main-d’œuvre du dépannage | facturée 60 à 90 € de l’heure | souvent incluse |
| Pièces et fluide | facturés | facturés, sauf offre haute |
Le contrat se défend
Machine hors garantie, dépendance totale au chauffage, absence de chaudière d'appoint, logement loué : regardez d'abord le délai d'intervention garanti en février. Une air-eau arrêtée trois jours dans une maison sans autre source de chaleur coûte plus cher que l'abonnement.
Le contrat se discute
Machine récente encore sous garantie constructeur, poêle ou insert en secours, propriétaire occupant : la visite payée à l'unité tous les deux ans suffit. Négociez alors le passage groupé si vous avez aussi un chauffe-eau thermodynamique, le déplacement se partage.
Avant de signer, cherchez quatre choses dans les conditions générales : la périodicité réelle du passage, l’inclusion ou non du contrôle d’étanchéité du fluide, le sort de la recharge après une fuite, et la clause de reconduction. C’est sur ce dernier point que se jouent la plupart des litiges, les contrats se renouvelant tacitement bien après le remplacement de la machine.
Ce qu’on lit ailleurs et qui ne tient pas
« L’entretien d’une pompe à chaleur est annuel. » Il est biennal. La confusion vient de la chaudière, dont l’entretien est bien annuel au titre d’un autre article du même code. Ce qui peut devenir annuel sur une pompe à chaleur, c’est le seul contrôle d’étanchéité, et uniquement au-delà de 5 tonnes équivalent CO2 de fluide.
« Il faut plus de 2 kg de fluide pour déclencher le contrôle d’étanchéité. » Le seuil en kilogrammes a disparu en 2015. Depuis, il s’exprime en tonnes équivalent CO2, et le kilogrammage qui y correspond dépend du fluide : 2,4 kg de R-410A franchissent le seuil, 7 kg de R-32 ne le franchissent pas.
« L’entretien doit être fait par un professionnel RGE. » L’article R. 224-44-3 renvoie à la qualification artisanale de la loi de 1996, jamais au label RGE. Celui-ci conditionne MaPrimeRénov’ et les certificats d’économies d’énergie au moment de l’installation. Un artisan qualifié et certifié pour les fluides frigorigènes fait un entretien parfaitement valable sans être RGE.
« Vous risquez une amende. » Le décret de 2020 n’a assorti l’obligation d’aucune sanction pénale, et personne ne vient sonner pour vérifier. La facture arrive par deux autres portes : le fabricant, qui suspend sa garantie quand vous ne produisez aucune attestation, et l’assureur, qui discute la prise en charge d’un dégât des eaux venu d’un circuit jamais contrôlé.
Le calendrier à retenir
Pour une pompe à chaleur de maison, tout tient en quatre rendez-vous. La visite réglementaire revient tous les deux ans, ramenée à un an quand la charge de fluide dépasse le seuil européen. L’unité extérieure se dégage à l’automne. Les filtres se rincent toutes les quatre à six semaines pendant la saison de chauffe. Et au printemps, on relève la consommation pour la comparer à celle de l’hiver d’avant.
Cette dernière ligne est celle qui prévient le plus tôt. Une machine qui consomme 15 % de plus qu’à hiver comparable a un problème que la visite biennale n’a pas encore vu, et il vaut mieux appeler avant que le compresseur ne s’en charge.
Prix relevés en août 2026. Ils bougent — vérifiez la date avant de vous en servir pour négocier.
Questions fréquentes
Un contrat d'entretien est-il obligatoire ?
Non. Le code impose une visite tous les deux ans au plus, pas un abonnement. Un contrat annuel facturé 200 € revient à payer 400 € sur la période où la loi n'exige qu'un passage. Ce qu'il achète en plus, c'est un délai d'intervention en cas de panne, et parfois la main-d'œuvre du dépannage.
Un climatiseur de 3,5 kW dans une chambre est-il concerné ?
Seul, non : le seuil d'entrée est de 4 kW. Mais les machines d'un même propriétaire dans un même bâtiment s'additionnent, et on retient pour chacune la plus élevée de ses deux puissances, chaud ou froid. Quatre unités de 3,5 kW forment un système de 14 kW.
Faut-il un professionnel RGE pour l'entretien ?
Non. L'article R. 224-44-3 renvoie aux conditions de qualification artisanale de la loi du 5 juillet 1996, pas au label RGE. Le RGE conditionne les aides à l'installation, jamais l'entretien. En revanche, celui qui ouvre le circuit frigorifique doit détenir une attestation d'aptitude et travailler pour une entreprise titulaire d'une attestation de capacité.
Locataire ou propriétaire, qui paie ?
L'entretien d'un système individuel incombe à l'occupant, sauf clause contraire du bail. L'annexe du décret du 26 août 1987 range d'ailleurs l'entretien courant des appareils de chauffage et de conditionnement d'air parmi les réparations locatives. Sur une installation collective, la charge revient au propriétaire ou au syndicat.
Comment savoir combien de fluide contient ma machine ?
C'est écrit sur la plaque signalétique de l'unité extérieure, en kilogrammes et souvent en tonnes équivalent CO2, avec le nom du fluide. La même plaque indique la puissance nominale, celle qui décide si vous êtes soumis à la visite.
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