Vincent FerrandRédacteur technique
Radiateur de salle de bains : où la norme autorise à le poser
Volumes de sécurité, classe II, raccordement sans prise : la norme choisit le mur avant que vous choisissiez le modèle. Viennent ensuite la puissance et la montée en température.
En bref
Ni au-dessus de la baignoire, ni dans les 60 centimètres qui la bordent : jusqu'à 2,25 mètres de haut, ces zones n'acceptent qu'un chauffe-eau ou du 12 volts. Un sèche-serviettes se pose hors volume, ou en volume 2 s'il est de classe II et IPX4, et il part sur une sortie de câble, jamais sur une prise de courant.
Ce que la norme décide à votre place
Le catalogue vient après. Avant de comparer des largeurs de tube et des finitions, il faut savoir quel pan de mur reste disponible, et la réponse ne se trouve pas dans la notice du fabricant : elle est dans la NF C 15-100, rendue obligatoire pour les logements par l’arrêté du 3 août 2016.
Plus on est près de l’eau, moins on a le droit d’installer. La pièce se découpe donc en zones emboîtées, la plus mouillée au centre, et chacune impose une étanchéité minimale avec une liste fermée de ce qu’elle accepte. Rien ne s’y négocie.
| Où | Ce que c’est | Ce qui peut y être posé |
|---|---|---|
| Volume 0 | L’intérieur de la baignoire ou du receveur. Sans receveur, les dix premiers centimètres au-dessus du sol | Rien, sauf du matériel 12 volts étanche à l’immersion, IPX7 |
| Volume 1 | La colonne juste au-dessus, jusqu’à 2,25 m du sol fini. Sous une douche à l’italienne, un cylindre de 1,20 m de rayon autour de la pomme | Le chauffe-eau, l’éclairage en très basse tension. Ni prise, ni interrupteur, ni appareil de chauffage |
| Volume 2 | Les 60 cm qui bordent le volume 1, sur la même hauteur | Chauffe-eau, luminaire et appareil de chauffage de classe II, IPX4. Prise rasoir sur transformateur de séparation |
| Volume caché | Sous la baignoire ou le receveur, derrière le tablier | Aucun appareillage. Le moteur d’une baignoire balnéo fait exception |
| Hors volume | Tout le reste de la pièce | Prise 16 A, appareil de chauffage ordinaire, le tout sous 30 mA comme le reste de la salle d’eau |
Deux détails piègent les rénovations. La hauteur de 2,25 mètres se compte depuis le sol fini, mais elle suit la pomme de douche quand celle-ci est accrochée plus haut : un ciel de pluie à 2,40 mètres remonte le volume 1 d’autant. Et si la pomme est déportée sur un flexible, c’est son point de raccordement qui sert de centre au cercle de 1,20 mètre, pas le milieu du bac.
L’amendement A5 de 2015 a aussi effacé le volume 3, celui qui s’étirait sur 2,40 mètres au-delà du volume 2 et interdisait presque toute la pièce. Les schémas à quatre zones qu’on trouve encore en ligne datent d’avant. Depuis, une salle de bains de 4 mètres carrés garde souvent un mur entier disponible.
Il ne se branche pas, il se raccorde
C’est la règle la plus enfreinte de la salle de bains, et celle dont on ne mesure la sanction qu’après le sinistre. Un sèche-serviettes s’alimente par une sortie de câble ou une boîte de connexion fixée au mur, jamais par une fiche dans une prise. Une prise placée dans la pièce sert au sèche-cheveux et au rasoir, elle ne sert pas à faire tourner 750 watts huit heures par jour : les contacts d’une fiche s’échauffent, et l’humidité fait le reste.
Derrière la boîte, le circuit part du tableau. Un conducteur de 1,5 mm² sous disjoncteur 16 A couvre jusqu’à 2 250 watts de chauffage, un 2,5 mm² sous 20 A monte à 4 500 watts : un modèle soufflant, qui additionne sa résistance et sa turbine, dépasse vite le premier calibre. Le différentiel 30 mA, lui, protège l’ensemble des circuits de la pièce, éclairage compris.
Reste la liaison équipotentielle, qu’un mur fini rend invisible. Un conducteur vert et jaune de 2,5 mm² sous gaine, ou de 4 mm² posé à nu, relie entre eux les tuyaux métalliques, le corps de la baignoire, les huisseries métalliques et les masses des appareils. Elle empêche qu’une différence de potentiel s’installe entre deux objets qu’on touche en même temps, mouillé. Évacuer un défaut, c’est le travail du différentiel ; ces deux protections ne se remplacent pas. Dans les logements d’avant 1991, la liaison manque une fois sur deux.
Chauffer vingt minutes, pas la journée
On occupe une salle de bains vingt à quarante minutes par jour, et on y attend 22 ou 24 degrés là où le séjour se contente de 19. Le reste du temps, elle peut redescendre sans que personne s’en plaigne. Ce profil d’usage ne ressemble à aucune autre pièce du logement, et il retourne les critères habituels du chauffage électrique.
L'inertie, qui fait la valeur d'un radiateur de séjour, devient un handicap ici.
Un corps de chauffe à fluide ou à pierre met quarante minutes à monter et rend sa chaleur pendant deux heures, c'est-à-dire au moment précis où la pièce est vide. Ce qu'on cherche dans une salle de bains, c'est l'inverse : de la puissance disponible tout de suite, et rien après.
D’où la soufflerie. Entre deux appareils au même prix, c’est elle qui départage. Une turbine de 1 000 watts logée en pied d’appareil envoie de l’air chaud en quelques secondes et fait gagner deux à trois degrés en trois minutes, le temps de se déshabiller. Elle se déclenche à la demande, sur un bouton ou une minuterie. Cinq à dix minutes par jour suffisent. Ce qui coûte cher, c’est de l’oublier en marche : à ce régime, l’appoint consomme plus que le sèche-serviettes lui-même.
L’échelle de tubes, elle, ne chauffe pas beaucoup, et son dessin y est pour quelque chose. Des serviettes étalées dessus coupent le rayonnement vers la pièce : le linge sèche, la pièce attend. Un modèle qui doit à la fois sécher et chauffer se choisit donc plus large qu’il n’en a l’air nécessaire, ou avec cette soufflerie qui contourne le problème.
La puissance, et ce que la règle courante oublie
Le calcul admis par la profession part de 120 à 130 watts par mètre carré, auxquels s’ajoutent 100 watts pour l’eau que les serviettes humides prélèvent en s’évaporant. Pour 5 mètres carrés, comptez 750 watts.
750 W pour 5 m² : (5 × 130) + 100. Le supplément forfaitaire paie l'évaporation du linge mouillé, que la surface seule ne prend pas en compte.
Ce calcul suppose un logement correctement isolé. Une salle de bains sous combles, en rez-de-jardin ou plaquée contre un pignon nu réclame davantage. À l’inverse, un modèle de 500 millimètres de large plafonne autour de 500 watts quelle que soit sa hauteur : dans une pièce de 6 mètres carrés, il faudra un appareil plus large, ou la soufflerie pour combler l’écart aux heures d’usage.
Calculer la puissance qu'il vous faut Surface, isolation, zone climatique. Le résultat s'affiche en direct.Eau chaude, électrique ou mixte
La question ne se pose que si un circuit de chauffage central passe déjà à portée. Créer un piquage pour un seul émetteur, quand le collecteur est à l’autre bout de la maison, coûte plus cher que l’appareil.
Sur le circuit d'eau chaude
Rien à consommer en plus : l'appareil prend sa chaleur au générateur, au tarif du gaz, du bois ou de la pompe à chaleur. Il est aussi froid tout l'été, et il ne monte pas vite, puisqu'il dépend de la température de départ du circuit. Le confort dépend entièrement de ce que la chaudière envoie ce jour-là.
Électrique
Indépendant du reste, disponible en août comme en janvier, réglable pièce par pièce. Il consomme l'énergie la plus chère du logement, mais sur des durées courtes et une surface minuscule. C'est le seul choix possible quand aucun circuit d'eau ne passe, et de loin le plus simple à poser.
Le piège de l’eau chaude tient dans une ligne de la fiche technique. Les puissances annoncées sont mesurées selon la norme EN 442, à un écart de 50 degrés entre l’eau et la pièce, ce qui correspond à un régime 75/65 de chaudière ancienne. Sur une installation moderne, l’eau part beaucoup plus froide. La puissance s’effondre.
| Régime du circuit | Écart avec une pièce à 20 °C | Ce que rend un appareil noté 600 W |
|---|---|---|
| 75/65 °C, chaudière ancienne | ΔT 50 | 600 W |
| 55/45 °C, condensation | ΔT 30 | 310 W environ |
| 45/40 °C, pompe à chaleur | ΔT 22,5 | 210 W environ |
Un sèche-serviettes hydraulique posé sur le départ d’une pompe à chaleur rend donc à peine plus du tiers de sa puissance de catalogue. Il faut le choisir trois fois plus grand, ou accepter qu’il tiédisse le linge sans chauffer la pièce. C’est aussi ce qui explique qu’un appareil déposé d’une vieille installation et remonté sur une installation neuve déçoive systématiquement.
Le mixte, lui, règle l’été. Le corps est raccordé à l’eau, et une résistance électrique logée dans le tube du bas prend le relais quand la chaudière est coupée. Les kits vont de 300 à 1 500 watts, à une condition : la résistance ne dépasse pas la puissance de l’appareil à ΔT 50. Choisir 300 watts pour économiser à l’achat donne un porte-serviettes tiède et une pièce froide de mai à octobre ; c’est la puissance de la résistance qui décide du confort hors saison de chauffe, pas l’étiquette « mixte » sur le carton.
Ce que ça coûte
Relevés en août 2026, matériel seul puis pose par un électricien ou un chauffagiste. La fourchette basse correspond aux échelles d’acier peintes de grande surface, la haute aux appareils à soufflerie, détection de présence et programmation.
| Type | Matériel | Pose |
|---|---|---|
| Électrique, corps de chauffe simple | 150 à 400 € | 150 à 300 € |
| Électrique soufflant | 250 à 900 € | 150 à 300 € |
| Eau chaude | 150 à 700 € | 150 à 300 €, davantage si le piquage est à créer |
| Mixte, résistance comprise | 250 à 1 100 € | les deux raccordements |
La pose grimpe vers 450 euros dès qu’il faut tirer un circuit depuis le tableau, poser la boîte de connexion et reprendre la liaison équipotentielle. Sur un remplacement à l’identique, sortie de câble déjà en place, l’intervention se compte en heures.
Côté fonctionnement, un appareil de 750 à 1 000 watts régulé électroniquement consomme entre 350 et 550 kWh par an, soit 70 à 110 euros au tarif réglementé de 2026. Le programmer pour démarrer une demi-heure avant la douche, au lieu de le laisser tourner, divise cette facture par deux ou par trois. Aucun modèle, si économe soit-il, ne rattrape une programmation absente.
Ce qu’on lit ailleurs et qui ne tient pas
« Le sèche-serviettes se branche sur une prise, comme un radiateur d’appoint. » Non, et beaucoup de pages marchandes l’écrivent sans y penser parce que leur appareil arrive avec un cordon. Ce cordon se coupe et se raccorde dans une boîte de connexion. La norme écarte justement ce cas de figure : une fiche, dans une pièce d’eau, sur un appareil qui tire des centaines de watts en continu.
« Il faut respecter le volume 3, à 2,40 mètres de la baignoire. » Ce volume a disparu en 2015. Le répéter conduit à écarter un appareil d’un mur parfaitement autorisé, et dans une salle de bains de 4 mètres carrés, cette erreur ne laisse plus aucun emplacement.
« Prenez un modèle à inertie fluide, il garde la chaleur. » L’argument est juste pour une chambre. Ici, garder la chaleur signifie la restituer dans une pièce vide, deux heures après la douche. La montée rapide compte davantage que la restitution lente, et c’est la caractéristique la moins mise en avant dans les fiches produit.
« L’eau chaude ne consomme rien de plus. » Rien de plus en électricité. Encore faut-il que le circuit soit en service, et qu’il envoie de l’eau assez chaude pour que l’appareil rende ce qui est écrit sur son emballage. Sur un plancher chauffant piloté par pompe à chaleur, l’un et l’autre manquent la moitié de l’année.
Deux sources de première main pour vérifier plutôt que croire : l’arrêté du 3 août 2016 portant réglementation des installations électriques des bâtiments d’habitation, qui rend la NF C 15-100 opposable dans le logement, et la fiche salle de bains de Promotelec, qui détaille le découpage des volumes tel qu’il est appliqué depuis l’amendement A5.
Et si l’appareil hydraulique reste froid en haut alors que le bas chauffe, ce n’est ni la norme ni la puissance qui sont en cause : c’est de l’air, et il se purge en quelques minutes.
Prix relevés en août 2026. Ils bougent — vérifiez la date avant de vous en servir pour négocier.
Questions fréquentes
Peut-on brancher un sèche-serviettes sur une prise de courant ?
Non, et l'objection n'est pas théorique. La norme demande une alimentation fixe par sortie de câble ou boîte de connexion : un appareil de 500 à 1 000 watts qui tourne des heures d'affilée chauffe les contacts d'une fiche, et une fiche dans une pièce humide finit par s'oxyder. Si le mur ne porte qu'une prise, c'est un circuit qu'il faut tirer, pas une rallonge.
Une paroi de douche vitrée arrête-t-elle le volume ?
Seulement si elle est fixe et monte au moins à 2,25 mètres, hauteur des volumes 1 et 2. Une paroi pivotante, un panneau à 1,90 mètre ou un rideau ne coupent rien : le volume passe par-dessus et contourne. C'est la raison pour laquelle une cloison maçonnée toute hauteur libère parfois le seul pan de mur utilisable de la pièce.
Faut-il mettre aux normes une salle de bains ancienne avant d'y poser un sèche-serviettes ?
Une installation existante n'a pas à être refaite du seul fait que la norme a changé. En revanche, tout ce que vous ajoutez ou modifiez relève de la règle en vigueur, et l'alimentation d'un appareil de chauffage entre dans ce périmètre. Dans un logement d'avant 1991, la liaison équipotentielle et le différentiel 30 mA manquent souvent tous les deux : c'est le moment de les faire poser, l'électricien est déjà là.
Un sèche-serviettes suffit-il à chauffer la pièce, ou faut-il un second appareil ?
Un modèle de 500 à 750 watts sèche le linge et tiédit la pièce sans plus. Au-delà de 7 ou 8 mètres carrés, ou dans une salle de bains en rez-de-jardin mal isolée, il faut soit un appareil soufflant, soit un second émetteur. Répartir 1 500 watts sur deux appareils chauffe mieux qu'un seul mastodonte accroché dans un coin.
À lire ensuite
- Radiateur électrique économique — ce que coûte vraiment l'électrique sur une année de chauffe