Vincent Ferrand Rédacteur technique
Chauffage d'appoint : ce que coûte vraiment l'heure, gaz, pétrole ou électrique
Électrique, butane, pétrole : le coût de l'heure calculé sur les prix relevés en août 2026 du kWh, de la bouteille et du bidon. À puissance égale, les trois se tiennent.
En bref
À puissance égale, les trois appoints coûtent presque la même chose : environ 0,20 € le kilowattheure de chaleur en électrique, 0,21 à 0,27 € au butane, 0,18 à 0,29 € au pétrole. Le gaz et le pétrole ne prennent l'avantage qu'avec le combustible le moins cher, et ils brûlent l'oxygène de la pièce pour y rejeter leur vapeur d'eau et leurs fumées.
Le prix de l’étiquette ne dit rien du prix de l’heure
Un soufflant coûte quinze euros, un poêle à catalyse cent vingt, un poêle à pétrole électronique trois cents. Presque tout ce qu’on lit sur le sujet se construit sur ces trois nombres, et ils ne servent à rien. Un appoint s’achète une fois. Il se paie tous les soirs.
La seule mesure qui tranche, c’est ce que coûte un kilowattheure de chaleur rendu dans la pièce. Elle a l’avantage de mettre les trois énergies sur la même ligne, malgré des unités qui n’ont rien à voir : un tarif au kilowattheure d’un côté, une bouteille de 13 kg de l’autre, un bidon de 20 litres pour finir. Le calcul tient en une division, personne ne le pose, et son résultat contredit ce que tout le monde répète.
Le kilowattheure de chaleur, calcul posé
Trois données suffisent : le prix payé, l’énergie contenue, le rendement de l’appareil. Ce dernier point se règle vite. Un convecteur électrique rend 100 % de ce qu’il consomme. Le poêle à gaz ou à pétrole sans conduit aussi, et pour une raison qui devrait alerter plutôt que rassurer : rien ne part par une cheminée, ni la chaleur, ni le reste.
Le butane libère 12,7 kWh par kilo, soit 165 kWh dans une bouteille de 13 kg. Le pétrole désaromatisé tourne autour de 9,5 kWh par litre, soit 190 kWh dans un bidon de 20 litres. Les prix ci-dessous ont été relevés en août 2026, au tarif réglementé pour l’électricité et en grande surface de bricolage pour le reste.
| Ce qu’on achète | Prix | Énergie | Le kWh de chaleur |
|---|---|---|---|
| Électricité, tarif réglementé base 6 kVA | 0,2001 € le kWh | — | 0,20 € |
| Butane 13 kg, recharge Clairgaz | 33,90 € | 165 kWh | 0,21 € |
| Butane 13 kg, recharge Antargaz ou Butagaz | 44,10 € | 165 kWh | 0,27 € |
| Pétrole désaromatisé 20 L, premier prix | 34,90 € | 190 kWh | 0,18 € |
| Pétrole isoparaffine sans odeur 20 L | 54,90 € | 190 kWh | 0,29 € |
Regardez la colonne de droite avant tout le reste. De 0,18 à 0,29 €, l’écart entre le meilleur et le pire va du simple à une fois et demie, et l’électricité se range au milieu. La ligne de partage sépare les combustibles bon marché des combustibles de confort, à l’intérieur de chaque famille. Elle ne sépare pas les énergies entre elles.
Non, la bouteille de gaz n'est pas l'appoint économique.
Au prix d'une recharge de marque, le kilowattheure de butane revient un tiers plus cher que celui du tarif réglementé de l'électricité. Il ne redevient compétitif qu'avec la recharge la moins chère du marché, et l'écart se compte alors en centimes.
À puissance égale, l’écart tient en quelques centimes
Reste à traduire en euros par heure, ce que tout le monde demande devant le rayon. L’opération réclame une précaution que les tableaux de comparaison oublient toujours : un appareil ne coûte cher à l’heure que parce qu’il chauffe fort. Comparer un convecteur de 2 000 W à un poêle à catalyse de 4 200 W, c’est comparer une chaleur avec le double.
| Appareil et réglage | Puissance | Ce qu’il brûle en une heure | L’heure |
|---|---|---|---|
| Soufflant, convecteur ou bain d’huile | 2 000 W | 2 kWh | 0,40 € |
| Catalyse, un panneau sur trois | 1 400 W | 110 g de butane | 0,29 à 0,37 € |
| Catalyse, trois panneaux | 4 200 W | 330 g de butane | 0,86 à 1,12 € |
| Poêle à pétrole, régime réduit | 1 500 W | 0,15 L | 0,25 à 0,40 € |
| Poêle à pétrole, plein régime | 3 000 W | 0,29 L | 0,51 à 0,80 € |
Ramenés à 2 000 W dans la pièce, l’électrique est à 0,40 € de l’heure, le butane le moins cher à 0,41 €, le pétrole premier prix à 0,37 €. Trois énergies, quatre centimes d’écart. La combustion garde un avantage, et il porte sur la puissance disponible plutôt que sur le prix. Une prise domestique de 16 A plafonne l’électrique autour de 2 000 W, et il faudra la moitié de la soirée pour tirer un atelier de dix degrés. Le poêle à catalyse envoie 4 200 W tout de suite. Pour un garage, une véranda ou une chambre d’amis ouverte deux fois l’an, cette montée en température est le seul argument sérieux du gaz.
39 heures ce que tient une bouteille de butane de 13 kg sur un appareil à catalyse réglé au maximum. Cinq soirées, et il faut retourner en chercher une.
Ce que la bouteille et le bidon coûtent en plus
L’électricité a un défaut que le butane et le pétrole n’ont pas : elle se voit sur une facture. Les deux autres se paient d’avance, au coffre du magasin, et la dépense se dilue dans le reste des courses. C’est confortable. Ça ne la rend pas plus petite.
S’y ajoutent des frais que le kilowattheure ne porte pas. La consigne d’abord, entre 5 € chez Clairgaz et 39 € chez Eho Energies, récupérable au retour de la bouteille mais avancée le premier jour. Le détendeur et son tuyau normalisé ensuite, une trentaine d’euros, le tuyau portant une date au-delà de laquelle il se remplace. Les déplacements enfin, cinq par saison si l’appareil tourne, avec treize kilos à charger.
Le bidon de pétrole a ses propres servitudes. Il se stocke à l’abri du gel et de la chaleur, se conserve mal au-delà d’une saison, et un combustible éventé encrasse la mèche, laquelle finit par se changer. Les appareils à mèche demandent en plus un allumage et une extinction soignés, moments où l’odeur est la plus forte.
L’oxygène de la pièce, et l’eau qu’ils y remettent
Le calcul s’arrête toujours au prix. Ce qui suit ne figure dans aucun comparatif, et pèse pourtant plus lourd que dix centimes de l’heure. Un radiateur électrique se contente de déplacer de la chaleur. La combustion, elle, fabrique la sienne en brûlant dans la pièce l’oxygène que vous respirez, puis y rejette tout ce que la réaction produit.
La vapeur d’eau se mesure sans instrument, il suffit de compter les atomes. Brûler un kilo de butane produit un kilo et demi d’eau ; brûler un litre de pétrole en produit un peu plus d’un litre. À plein régime, un poêle à catalyse relâche donc un demi-litre d’eau par heure dans le séjour, et un poêle à pétrole un tiers de litre. La condensation sur les vitres au petit matin ne vient pas d’ailleurs. L’air humide se chauffe moins bien, les moisissures s’installent dans les angles froids, et la pièce paraît fraîche à température égale.
20 litres d'eau ce qu'une bouteille de butane de 13 kg relâche dans le logement en brûlant, du premier au dernier gramme.
L’oxygène, lui, ne se remplace pas tout seul. Une chambre de douze mètres carrés contient environ trente mètres cubes d’air, dont huit kilos d’oxygène. La catalyse réglée au maximum en consomme un peu plus d’un kilo par heure : porte et fenêtre closes, il faut une heure pour faire tomber la teneur de 21 à 18 %, seuil auquel l’analyseur d’atmosphère coupe le gaz. Aucun logement n’est parfaitement étanche, et c’est ce qui sauve la plupart du temps. Mais une chambre calfeutrée un soir de gel s’en approche assez pour que la recommandation officielle de deux heures maximum cesse d’être une formalité.
Deux heures, pas une saison
Tout ce qui précède change de sens selon ce qu’on demande à l’appareil. Deux usages, et ils n’ont presque rien en commun.
Premier cas : la salle de bains un matin de février, l’atelier le temps d’un bricolage, la chambre d’amis la veille d’une arrivée. Quelques heures, quelques dizaines de fois par an. Le coût annuel se compte en dizaines d’euros et le choix se fait sur autre chose que le prix : l’encombrement, le bruit, la rapidité de chauffe, la présence ou non d’une flamme dans la pièce.
Second cas : la pièce du fond que le chauffage central ne tient pas, et qu’on compense tous les soirs d’octobre à avril. Deux kilowatts, cinq heures par jour, cent cinquante jours : mille cinq cents kilowattheures, entre 275 et 435 € selon l’énergie et le combustible. Chaque hiver. Sans compter les allers-retours à la bouteille et le litre d’eau quotidien.
L'appoint ponctuel
Quelques heures, quelques fois par mois. Aucune énergie ne se détache sur la facture : à 2 000 W, les trois coûtent entre 0,37 et 0,58 € de l'heure selon le combustible acheté. Décidez sur l'usage, et prenez l'électrique dans toute pièce où quelqu'un dort.
L'appoint permanent
Une pièce chauffée à l'appoint tout l'hiver coûte plusieurs centaines d'euros par an et cumule les risques quand elle brûle un combustible. À ce niveau de dépense, la question n'est plus de choisir l'appoint. Elle est de savoir pourquoi cette pièce est froide.
Cette seconde situation est la plus fréquente, et c’est la seule à mériter des travaux. Un radiateur qui reste froid en partie basse est embourbé et se traite au désembouage ; un radiateur froid en partie haute contient de l’air et se purge en un quart d’heure. Une tête thermostatique dont le pointeau est resté enfoncé après l’été laisse un radiateur mort tout l’hiver, et se débloque à la pince. Ces trois causes se règlent une fois, pour bien moins que deux saisons d’appoint.
L’appoint à combustion coûte le moins cher quand on l’utilise le moins, et il devient dangereux exactement dans la configuration où l’on croit y gagner. Un poêle à pétrole allumé du matin au soir dans une pièce où l’on vit est la définition même de l’usage prolongé d’un appareil non raccordé, celui qui remplit les statistiques d’intoxication chaque hiver.
Comparer le coût d'une saison entière selon l'énergie À besoin de chaleur identique, ce que coûtent le gaz, l'électricité, le bois et la pompe à chaleur sur un hiver.Ce qu’on lit ailleurs sur l’appoint économique, et qui ne tient pas
« Le chauffage d’appoint au gaz est le plus économique. » Il l’était quand le kilowattheure électrique dépassait 0,25 €. Au tarif réglementé d’août 2026, à 0,2001 €, une recharge de marque à 44,10 € met le kilowattheure de butane à 0,27 €. La phrase s’est retournée sans que les pages qui la portent aient été rouvertes.
« Comptez 0,72 € de l’heure au gaz contre 0,35 € en électrique. » Deux chiffres justes qui mentent ensemble. Le premier correspond à un poêle à catalyse à plein régime, le second à un convecteur de 2 000 W. Le gaz coûte le double parce qu’il chauffe le double. À puissance égale, et sur les combustibles les moins chers, l’écart tombe sous cinq centimes.
« Le bain d’huile est plus économique que le convecteur. » Les deux convertissent en chaleur la totalité du courant reçu, sans exception possible : c’est de la physique, pas du marketing. L’inertie de l’huile fait durer la chaleur après la coupure et permet au thermostat d’espacer les cycles, ce qui réduit le temps de marche. Le rendement, lui, ne bouge pas d’un point.
« Un poêle à pétrole peut chauffer une maison entière. » Il en a la puissance, et c’est bien le problème. Sans conduit et en marche du matin au soir dans un logement occupé, il accumule l’humidité, appauvrit l’air et sort du cadre pour lequel il a été conçu. Aucun fabricant ne le présente autrement que comme un appoint.
« La sécurité de l’appareil me protège. » Elle protège de l’étouffement lent, pas de l’empoisonnement rapide. Analyseur d’atmosphère et coupure au basculement sont des sécurités d’appareil ; le monoxyde de carbone se détecte avec un détecteur de monoxyde de carbone, et rien d’autre.
Les chiffres de sécurité de cette page viennent de deux textes qui se consultent directement : la page de Santé publique France sur les intoxications au monoxyde de carbone, pour le bilan annuel et la limite de deux heures consécutives, et la proposition de loi n° 606 déposée le 19 novembre 2024, qui rappelle en creux que le détecteur de monoxyde reste facultatif en France.
Prix relevés en août 2026. Ils bougent — vérifiez la date avant de vous en servir pour négocier.
Questions fréquentes
Peut-on laisser un poêle à gaz ou à pétrole allumé la nuit dans une chambre ?
Non, et c'est la seule règle de cette page qui n'admet aucune nuance. Un appareil non raccordé prend l'oxygène de la chambre et y remet ses fumées ; endormi, personne ne perçoit le mal de tête qui annonce l'intoxication. Santé publique France conseille de limiter ces appareils à deux heures consécutives. Chauffez la chambre avant de vous coucher, coupez, aérez, puis dormez sous une couette.
Un radiateur bain d'huile consomme-t-il moins qu'un soufflant ?
Non. Les deux transforment en chaleur la totalité de l'électricité qu'ils reçoivent : à 2 000 W affichés, la consommation est la même à la minute près. Le bain d'huile chauffe plus doucement, garde la chaleur après l'arrêt et se règle mieux au thermostat, ce qui lui fait souvent passer moins d'heures en marche. L'économie vient du temps de fonctionnement, pas du rendement.
Combien de temps tient une bouteille de butane de 13 kg ?
Environ trente-neuf heures sur un appareil à catalyse réglé au maximum, soit à peu près cinq soirées de huit heures. Sur un seul panneau des trois, comptez le triple. Ajoutez la consigne au premier achat, de 5 € chez Clairgaz à 39 € chez Eho Energies, et le détendeur avec son tuyau, une trentaine d'euros à changer à la date inscrite dessus.
Mon poêle à catalyse s'éteint tout seul au bout d'un moment, est-il en panne ?
Il fait exactement ce pour quoi il est conçu. La norme NF EN 449 impose un analyseur d'atmosphère qui coupe le gaz quand le dioxyde de carbone monte trop dans la pièce, autour de 1,5 %. L'extinction est un signal d'aération, pas un défaut. Attention à ce que cette sécurité ne surveille pas : elle mesure le CO2 et l'oxygène, pas le monoxyde de carbone que produirait un brûleur encrassé.