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Eau chaude9 min12 octobre 2026

Vincent FerrandRédacteur technique

Brancher le lave-linge sur l'eau chaude : l'économie tient en 13 € par an

Brancher le lave-linge sur l'eau chaude déplace au mieux 13 € d'électricité par an. Le tuyau en reprend une part, la machine et le linge le reste.

En bref

Le chauffage de l'eau est bien le premier poste d'un cycle de lavage, mais ce poste ne pèse que sept à treize euros par an sur les chiffres de l'ADEME. Le raccordement ne rapporte quelque chose que si l'eau chaude vient du solaire thermique, d'un ballon thermodynamique ou d'une chaudière bois, et si la machine se trouve à moins de quelques mètres du ballon. Partout ailleurs, le tuyau mange le gain avant le linge.

Dix-sept euros d’électricité par an, lessive comprise

L’ADEME chiffre un lave-linge de 8 kg à 198 cycles par an et 85 kilowattheures, soit 17 euros d’électricité sur l’année. Un modèle neuf de classe A descend à 50 kilowattheures. C’est tout le budget qu’un raccordement sur l’eau chaude sanitaire vient chercher, et il n’en prend qu’une part.

Le chauffage de l’eau est le premier poste de ce budget. Sur la machine moyenne du parc, cela fait environ 0,34 kilowattheure par cycle, donc 68 kilowattheures et treize euros et demi sur l’année. Sur une machine récente, la part tombe vers 0,17 kilowattheure par cycle, soit près de sept euros par an.

Sept à treize euros, c’est le plafond de l’opération. Pas son gain, son plafond : il reste à en retirer l’eau refroidie dans le tuyau, ce que le ballon rend moins bien que la résistance de la machine, et ce que le montage coûte au linge. Le solde descend souvent sous deux euros.

Le programme éco ne monte jamais à 40 °C

Le calcul se vérifie à la main sur une machine de classe A. Elle consomme 0,25 kilowattheure par cycle. Le moteur du tambour, la pompe de vidange et l’électronique se partagent sept à neuf centièmes de kilowattheure sur trois heures et demie de programme. Restent environ 0,17 kilowattheure pour chauffer.

Ce qu’il faut chauffer, ce n’est pas seulement le bain. C’est une quinzaine de litres d’eau libre, les huit kilos de linge qui en absorbent une partie, la cuve et le tambour. L’ensemble se comporte comme dix-huit litres d’eau. Il faut 1,16 wattheure pour élever un litre d’un degré : 0,17 kilowattheure sur dix-huit litres, cela fait huit degrés de plus.

0,17 kWh l'électricité de chauffage d'un cycle éco sur une machine de classe A. C'est tout ce qu'une arrivée d'eau chaude peut lui retirer.

Une eau de réseau à 15 °C en hiver ressort donc du chauffage à 23 °C. Le programme s’appelle éco 40-60 parce qu’il lave aussi bien qu’un 40 et qu’un 60, pas parce que l’eau y atteint l’une ou l’autre de ces valeurs. Sa durée est justement ce qui remplace la chaleur.

Sur ce programme, il n’y a donc pas 0,17 kilowattheure d’eau chaude à fournir à la place de la résistance. Il y a un bain tiède que la machine construit lentement, et une arrivée à 55 °C y verse beaucoup plus de chaleur que le programme n’en demandait. La machine n’a aucun moyen de refroidir ce qu’elle reçoit.

Sur une machine qui sèche aussi, l’énergie est ailleurs

Le même tableau de l’ADEME donne 180 kilowattheures par an pour un sèche-linge de 8 kg, soit 36 euros, et 75 kilowattheures pour un neuf de classe A. Sécher coûte plus du double de ce que coûte laver, avec moins de cycles dans l’année.

Sur un appareil qui fait les deux dans le même tambour, le poste qui pèse n’est donc plus le remplissage. Il se joue entre une évacuation classique et un lave-linge séchant à pompe à chaleur, et l’écart annuel entre ces deux façons de sécher dépasse largement tout ce qu’une arrivée d’eau chaude pourrait déplacer au lavage. Le calcul du lavage reste juste, il porte simplement sur le plus petit des deux postes.

Ce que le raccordement rend, énergie par énergie

Le raccordement ne produit pas d’énergie. Il déplace une consommation du compteur de la machine vers l’appareil qui chauffe l’eau sanitaire. Le gain est donc l’écart de prix entre les deux kilowattheures, et cet écart change complètement selon ce qui se trouve au bout du tuyau.

Un ballon électrique en heures pleines déplace de l’électricité vers de l’électricité au même tarif. Le même ballon en heures creuses gagne l’écart entre les deux tarifs, de l’ordre d’un cinquième du prix du kilowattheure, soit trois euros par an avant d’avoir compté le tuyau. Un ballon thermodynamique tire trois kilowattheures de chaleur d’un kilowattheure de compresseur : il divise la facture du poste par trois, à condition que le tirage de la machine tombe dans la plage de chauffe programmée et ne déclenche pas une relance en milieu de journée.

Le solaire thermique est le seul cas où l’énergie déplacée ne coûte rien, et c’est aussi celui qui se retourne le plus vite. Les capteurs donnent leur pleine mesure en été, quand l’eau du réseau arrive déjà à 18 ou 20 °C et que le programme éco n’a presque rien à chauffer. En janvier, quand le gain serait réel, le ballon solaire finit sa chauffe à l’appoint électrique. Le gaz déplace un kilowattheure électrique vers un kilowattheure de gaz, deux fois moins cher, mais une chaudière murale qui s’allume pour un tirage de quinze litres travaille à charge partielle, là où son rendement est le plus mauvais.

Reste la chaudière bois, dont le kilowattheure est le moins cher du lot. Elle ne tourne que pendant la saison de chauffe, et le reste de l’année le ballon repasse sur sa résistance électrique.

Les gains ci-dessous sont calculés sur les treize euros et demi de chauffage annuel d’une machine du parc moyen, et avant déduction de ce que le tuyau reprend.

Ce qui chauffe l’eauCe que le raccordement déplaceGain annuel brut
Ballon électrique, heures pleinesde l’électricité vers la même électricitéaucun
Ballon électrique, heures creusesle tarif de pointe vers le tarif de nuit3 €
Ballon thermodynamiqueun kilowattheure de résistance vers un tiers de kilowattheure de compresseur9 €
Chauffe-eau solairede l’électricité vers du soleil, d’avril à septembre6 €
Production au gazun kilowattheure électrique vers un kilowattheure de gaz6 €
Chaudière boisde l’électricité vers la bûche, hors saison d’été8 €

Le raccordement ne se défend que derrière un ballon thermodynamique, un chauffe-eau solaire ou une chaudière bois, et à quelques mètres du ballon.

Sur un ballon électrique, quelle que soit l'heure à laquelle il chauffe, le tuyau reprend ce que le tarif fait gagner.

Les mètres de tuyau entre le ballon et la machine

Entre deux lessives, il se passe deux ou trois jours. L’eau qui dort dans le nouveau piquage a largement le temps de rejoindre la température de la buanderie, et c’est elle que la machine reçoit en premier.

Le volume de cette eau perdue se calcule. Un mètre de cuivre 12/14 retient 0,11 litre, un mètre de PER de 16 en retient 0,13, un mètre de PER de 20 en retient 0,21. Huit mètres de PER de 16 entre le ballon et la buanderie, cela fait un peu plus d’un litre d’eau froide livrée avant la première goutte d’eau chaude.

Ce litre a été chauffé une fois, il a refroidi, et le ballon va le réchauffer. De 15 à 55 °C, cela fait 46 wattheures perdus à chaque lessive, donc neuf kilowattheures et près de deux euros sur l’année. Sur les sept euros d’une machine récente, il vient d’en disparaître presque un tiers, et il n’a pas encore été question du linge.

  1. Mesurez la longueur du piquage Du ballon jusqu'au robinet de la machine, en suivant le tracé réel et non la ligne droite.
  2. Multipliez par le contenu au mètre 0,11 litre pour du cuivre 12/14, 0,13 pour du PER de 16, 0,21 pour du PER de 20.
  3. Comparez le résultat à un litre En dessous, l'eau refroidie reste marginale devant les quinze litres du bain. Au-dessus, le piquage coûte plus que l'opération ne rapporte, et la question est tranchée avant le premier coup de clé.

La longueur du piquage pose un second problème, celui-là réglementaire. L’arrêté du 30 novembre 2005 impose, dès que le volume compris entre le point de mise en distribution et le point de puisage le plus éloigné dépasse trois litres, une eau à 50 °C au moins en tout point du système de distribution, les tubes finaux d’alimentation exceptés, et ces tubes finaux doivent rester sous trois litres. Une antenne tirée jusqu’à la buanderie et sollicitée deux fois par semaine est exactement le bras mort que ce texte cherche à éviter.

Ce que l’eau chaude coûte à la machine et au linge

Presque toutes les machines vendues en France ont une entrée unique, repérée en bleu, et une seule électrovanne. Cette vanne, sa membrane et les joints du circuit de remplissage sont dimensionnés pour de l’eau de réseau. Une arrivée permanente à 55 °C les vieillit, et la notice ne porte aucune valeur maximale d’entrée parce que le cas n’était pas prévu.

Les modèles à double arrivée existent, surtout chez les constructeurs allemands et suisses, et leur notice donne alors la valeur admise, en général 60 °C. Ces machines gèrent la bascule elles-mêmes : elles prennent l’eau chaude pour le bain de lavage et l’eau froide pour les rinçages. C’est ce basculement, et lui seul, qui rend le montage cohérent.

Sur une machine ordinaire, la solution de contournement est le mitigeur thermostatique posé en amont du tuyau. Il protège l’électrovanne, il ne règle rien d’autre. Les trois rinçages reçoivent la même eau tiède que le lavage, alors qu’ils n’ont besoin que d’eau froide : la réserve du ballon part dans des rinçages qui ne lavent rien, et le linge sort plus froissé.

Le linge, justement. Les taches protéinées, sang, œuf, lait, se fixent dans la fibre au-delà de 40 °C, et un bain qui démarre à 55 °C les cuit avant que la lessive ait agi. Les enzymes des lessives modernes travaillent entre 20 et 40 °C, la plage exacte où le programme éco maintient son bain. Un programme laine annoncé à 30 °C, lui, n’a aucune façon de refuser l’eau à 55 °C qu’on lui envoie : le pull rétrécit au premier lavage.

Ce qu’on lit ailleurs et qui ne tient pas

« Vous économisez 50 % d’électricité. » Cinquante pour cent de dix-sept euros par an. Le pourcentage est à peu près juste sur le poste concerné, il porte simplement sur une somme que personne ne prend la peine d’écrire.

« Le chauffage de l’eau, c’est 80 à 90 % du cycle. » C’est vrai d’un coton à 60 °C, et c’est la valeur que tout le monde recopie. Sur le programme éco, celui qui porte les chiffres de l’étiquette énergie et que la plupart des foyers utilisent, la part tombe autour des deux tiers d’une consommation déjà trois fois plus faible.

« Il suffit de visser le tuyau sur le robinet d’eau chaude. » Cela marche, au sens où la machine se remplit. Elle rince ensuite trois fois à l’eau du ballon, lave la laine à 55 °C et fixe les taches de sang avant le premier tour de tambour.

« Une machine à double entrée règle la question. » Elle règle la question technique. Au rythme de sept à treize euros par an, l’écart de prix entre deux modèles se rattrape sur une durée qui dépasse la vie de l’appareil, sauf à tomber sur le modèle à double entrée au moment où la machine précédente rend l’âme.

« Avec du solaire thermique, l’eau est gratuite. » En juillet, oui, et le programme éco n’a alors presque rien à chauffer puisque le réseau arrive déjà tiède. En janvier, quand le gain compterait, les capteurs passent la main à l’appoint et l’énergie redevient payante.

Prix relevés en septembre 2026. Ils bougent — vérifiez la date avant de vous en servir pour négocier.

Questions fréquentes

Quelle température maximale un lave-linge accepte-t-il à son entrée ?

La notice de raccordement la donne, et elle ne se devine pas. Les machines à double arrivée d'eau vendues en Europe plafonnent en général à 60 °C sur l'entrée chaude. Les machines à entrée unique, qui sont l'immense majorité du marché français, n'annoncent aucune valeur haute parce qu'elles sont prévues pour de l'eau froide de réseau. En l'absence de valeur écrite, le raccordement direct sort du cadre de la garantie.

Un mitigeur thermostatique suffit-il à raccorder une machine ordinaire ?

Il règle le problème de la température d'entrée, pas celui du rinçage. Un mitigeur posé en amont du tuyau livre la même eau tiède au lavage et aux trois rinçages, alors que les rinçages n'ont besoin que d'eau froide. La réserve du ballon part donc en partie dans des rinçages qui ne lavent rien, et le linge sort plus froissé qu'à l'ordinaire.

Le raccordement fait-il gagner du temps sur la durée du cycle ?

Sur un programme coton à 60 °C, oui, la montée en température disparaît et le cycle raccourcit. Sur un programme éco, non : sa longueur ne vient pas du chauffage mais du brassage prolongé à basse température, qui est justement ce qui remplace la chaleur. Une eau qui arrive tiède ne raccourcit pas un cycle dont la durée est le principe.

Faut-il isoler le tuyau entre le ballon et la machine ?

L'isolant ralentit le refroidissement, il ne l'empêche pas. Entre deux lessives il s'écoule deux ou trois jours, et au bout de ce délai l'eau du tuyau a rejoint la température de la pièce, calorifugée ou non. L'isolation sert sur un tirage quotidien, pas sur un tirage bihebdomadaire.