Vincent FerrandRédacteur technique
Qualité de l'eau du robinet : ce qui use vraiment un chauffe-eau
La qualité de l'eau du robinet décide de la durée de vie d'un chauffe-eau : dureté, chlorures, pression, et le seuil bas sous lequel la garantie ne s'applique plus.
En bref
Trois valeurs suffisent à prévoir l'usure d'un chauffe-eau : la dureté en degrés français, la teneur en chlorures et la pression du réseau. Au-dessus de 15 °f l'eau entartre, sous 8 °f elle corrode et les fabricants excluent ce cas de leur garantie, au-dessus de 5 bar c'est le groupe de sécurité qui paie.
Ce que vous cherchez tient en trois valeurs
Un chauffe-eau ne s’use pas de l’eau « en général ». Il s’use de trois grandeurs mesurées, écrites sur des documents que vous avez déjà, et qui commandent chacune une avarie différente.
La dureté fabrique le tartre, et elle se lit en degrés français. Les chlorures, comptés en milligrammes par litre, piquent le métal de la cuve et des piquages. La pression du réseau, en bars, s’attaque au groupe de sécurité et fait couler ce qui ne devrait pas couler.
Reste une situation que personne n’anticipe : une eau trop douce corrode au lieu d’entartrer, et le fabricant du ballon l’a écartée par écrit de sa garantie. C’est le seul cas où le propriétaire aggrave lui-même la situation en croyant l’arranger.
La dureté se lit sur une analyse, pas sur une carte de France
Le titre hydrotimétrique compte le calcium et le magnésium dissous. Un degré français vaut 4 mg de calcium par litre, ou 2,4 mg de magnésium, et l’usage range au-dessus de 15 °f les eaux dites dures.
Deux documents portent ce chiffre pour votre adresse. Le premier arrive une fois par an dans le courrier du distributeur, sous le nom de synthèse du contrôle sanitaire. Le second est le fichier publié par le ministère de la Santé, qui rassemble les résultats du contrôle sanitaire commune par commune : le TH y figure avec sa date de prélèvement, ce qui vaut mieux qu’une moyenne départementale.
La géologie explique les écarts sans dispenser de vérifier. Les eaux qui traversent un socle granitique restent douces, en Bretagne, dans le Massif central, dans les Vosges ou en Corse. Celles qui percolent la craie du Bassin parisien, les calcaires du Jura ou ceux de Provence sortent chargées. Une commune peut pourtant mélanger deux ressources, changer de captage en été, ou desservir deux quartiers avec deux eaux différentes. La carte donne une intuition ; l’analyse donne le chiffre qu’on oppose à une notice.
Dernier piège de lecture : le TH d’un forage privé n’a rien à voir avec celui du réseau. Un logement alimenté par un puits pour l’arrosage et par le réseau pour le reste porte deux valeurs, et c’est celle du réseau qui arrive au chauffe-eau.
Ce que chaque tranche de dureté fait à l’appareil
| Dureté | Ce qui se passe dans la cuve | Ce qui lâche en premier | Ce que dit la garantie |
|---|---|---|---|
| Sous 8 °f | Aucun dépôt, eau agressive | L’anode magnésium, puis l’émail | Cas exclu par écrit |
| 8 à 15 °f | Dépôt lent, film protecteur | Rien avant l’usure normale | Aucune réserve |
| 15 à 25 °f | Tartre progressif sur la résistance | La résistance blindée | Entartrage anormal non couvert |
| 25 à 35 °f | Dépôt rapide au-delà de 60 °C | La résistance, puis le clapet du groupe | Entartrage anormal non couvert |
| Plus de 35 °f | Croûte épaisse en quelques années | La résistance, souvent avant cinq ans | Entartrage anormal non couvert |
Une eau très douce arrange mal un ballon. Elle ne dépose rien, donc elle ne laisse aucune pellicule protectrice sur l’acier, et elle dissout plus volontiers ce qu’elle rencontre : le magnésium de l’anode d’abord, le cuivre des canalisations ensuite. Une eau calcaire attaque moins la plomberie qu’une eau douce, et l’ordre des inquiétudes s’inverse dès qu’on passe sous 10 °f.
À l’autre bout, l’eau très dure raccourcit la vie de la résistance sans peser sur la facture d’électricité. La fréquence de détartrage qui en découle se traite ailleurs. Le chiffre de départ, lui, vient de l’analyse et non des traces blanches sur la robinetterie, qui parlent surtout de l’évaporation dans la salle de bains.
Sous 8 degrés français, la garantie ne s’applique plus
Une eau à 6 °f fait tomber la garantie aussi sûrement qu'une eau à 40.
Le seuil bas vaut 8 degrés français. Il est écrit dans la notice, et c'est presque toujours un adoucisseur réglé trop fort qui le fait franchir.
La phrase figure noir sur blanc dans les conditions de garantie d’Atlantic et de Thermor, au chapitre des conditions d’environnement anormales : « Eau présentant un TH inférieur à 8 °f ». Elle voisine avec une seconde exclusion, plus large, qui vise l’utilisation d’une eau présentant des critères d’agressivité au sens du DTU Plomberie 60-1 additif 4, lequel raisonne sur les chlorures, les sulfates, le calcium, la résistivité et le TAC.
Cette clause vise exactement le résultat d’un adoucisseur mal réglé. Un installateur pressé qui laisse l’appareil descendre à 3 ou 4 °f fabrique en quelques semaines une eau que le fabricant du ballon a écartée par écrit. Le refus se découvre huit ans plus tard, le jour où la cuve perce, et personne ne pense alors à ressortir la fiche de mise en service de l’adoucisseur.
Deux autres exclusions du même document méritent d’être connues, parce qu’elles concernent l’installation et non l’eau. La corrosion des piquages consécutive à l’absence de manchons diélectriques, c’est-à-dire à un contact direct entre le fer de l’appareil et le cuivre du tube, n’est pas couverte. L’entartrage anormal des éléments chauffants non plus, ce qui range l’entretien du côté de l’occupant.
Le chlore et les chlorures ne sont pas la même chose
Deux mots voisins désignent deux substances sans rapport, et les confondre revient à s’inquiéter du mauvais paramètre.
Le chlore libre est le désinfectant résiduel maintenu dans le réseau. Depuis la circulaire du 7 novembre 2003 prise au titre du plan Vigipirate, les distributeurs visent 0,3 mg par litre en sortie de réservoir et au moins 0,1 mg par litre en tout point du réseau. Ce sont des dixièmes de milligramme, et ce chlore se dissipe d’autant plus vite que l’eau est chaude. Il agace l’odorat, il n’attaque pas une cuve émaillée.
Les chlorures sont un ion, présent naturellement selon les terrains traversés, et l’arrêté du 11 janvier 2007 leur fixe une référence de qualité à 250 mg par litre en ajoutant que les eaux ne doivent pas être corrosives. Rien à voir avec la désinfection, ni en origine ni en ordre de grandeur. Ce sont eux qui piquent l’inox des cuves et des échangeurs, eux que le DTU nomme en premier dans ses critères d’agressivité, et eux qu’un adoucisseur mal purgé peut ajouter à l’eau au lieu d’en retirer.
Cette distinction change une décision d’achat. Sur un appareil à cuve inox, la valeur à demander avant de signer est celle des chlorures de la commune. Sur une cuve en acier émaillé, protégée par une anode, c’est la dureté qui commande.
Au-dessus de 5 bar, c’est le groupe de sécurité qui paie
3 % du volume de la cuve : c'est ce que le groupe de sécurité a le droit d'évacuer à chaque cycle de chauffe, selon la notice Atlantic. Au-delà, cherchez du côté de la pression.
La pression ne figure sur aucune analyse sanitaire, et elle décide pourtant du sort de la seule pièce qui protège la cuve. Le groupe de sécurité est taré à 0,7 MPa, soit 7 bar : au-delà, il s’ouvre pour éviter que le ballon n’éclate. Une pression de réseau trop haute le fait travailler en permanence, use son clapet, et transforme l’écoulement normal de dilatation en fuite continue.
Le seuil est écrit dans les notices : un réducteur de pression devient nécessaire dès que l’alimentation dépasse 0,5 MPa, soit 5 bar. Thermor va plus loin et range une pression supérieure à 5 bar parmi les causes qui font sortir l’appareil de sa garantie.
Trois gestes suffisent à traiter la question.
- Mesurez la pression tous puisages fermés Un manomètre à vis se pose sur un robinet de machine à laver, ou sur la purge du groupe de sécurité. La lecture se fait plutôt le soir, quand la pression du réseau remonte.
- Comparez le relevé à 5 bar En dessous, rien à faire. Au-dessus, le fabricant tient l'installation pour non conforme tant qu'un réducteur n'est pas posé, et il le dit dans le même paragraphe que ses conditions de garantie.
- Faites poser le réducteur à la sortie du compteur Sur l'arrivée générale d'eau froide. Jamais sur le piquage du chauffe-eau.
La position du réducteur ne se discute pas, et l’erreur se retrouve derrière bien des ballons qui gouttent à froid : rien ne doit être intercalé entre le groupe de sécurité et l’entrée d’eau froide de la cuve. Ni vanne d’arrêt, ni clapet, ni réducteur. Un organe posé là empêche le groupe de faire son travail, et la destruction de l’appareil par surpression sort explicitement de la garantie.
Un adoucisseur bien réglé, et ce qu’il ne fera pas
L’adoucissement sur résine échangeuse d’ions est un traitement reconnu, autorisé par la circulaire du 28 mars 2000. Il retire le calcium et le magnésium, et il les remplace par du sodium, à raison de 4,6 mg par litre pour chaque degré français enlevé. Une eau ramenée de 32 à 12 °f gagne donc une centaine de milligrammes de sodium par litre, quand la référence de qualité de l’arrêté de 2007 est fixée à 200 mg. La marge existe, elle n’est pas immense, et elle se réduit encore chez qui règle son appareil au plus bas.
Le réglage est le seul paramètre qui compte vraiment, et il se discute avant la pose. Descendre sous 8 °f fait sortir le ballon de sa garantie, on vient de le voir. Rester au-dessus de 15 °f ne change presque rien au dépôt. La fenêtre utile est étroite, entre ces deux valeurs, et un appareil livré réglé par défaut n’y tombe pas tout seul.
Restent les promesses qu’on lui prête et qu’il ne tient pas. Les chlorures traversent l’appareil sans être retenus, et une régénération mal évacuée en rajoute plutôt qu’elle n’en retire. Le circuit de chauffage, lui, tourne en boucle fermée sur la même eau depuis son remplissage : un adoucisseur posé sur l’arrivée générale ne le voit jamais. Quant au contrôle d’anode, il devient plus urgent qu’avant, puisque l’eau adoucie est justement plus agressive pour elle.
La vérification tient en deux mesures, six mois après la pose. Un test de dureté en sortie d’adoucisseur doit tomber entre 8 et 15 °f, et un manomètre à vis sur un robinet de puisage doit lire moins de 5 bar au repos. Si ces deux chiffres sont bons, l’installation est dans les clous des deux documents qui décideront en cas de litige : l’analyse du contrôle sanitaire et la notice du fabricant.
Ce qu’on lit ailleurs et qui ne tient pas
« La réglementation impose 15 °f minimum. » L’arrêté du 11 janvier 2007 ne fixe aucune valeur de dureté, ni plancher ni plafond. Ce qu’il exige tient en deux formules : les eaux doivent être à l’équilibre calcocarbonique ou légèrement incrustantes, et elles ne doivent être ni agressives ni corrosives. Le 15 °f circule comme une norme parce qu’il figure dans d’anciennes recommandations professionnelles, jamais dans le texte lui-même. Le seuil qui vous engage, lui, est contractuel plutôt que réglementaire, et il vaut 8 °f dans la notice de votre appareil.
« Un aimant sur la canalisation empêche le tartre. » L’Anses a examiné la famille des procédés anti-tartre dits non conventionnels dans un avis du 9 janvier 2019, et sa conclusion est sans détour : les éléments d’information objectifs et indiscutables permettant de juger de leur efficacité sont très succincts, voire inexistants. Les dispositifs magnétiques et électromagnétiques n’entrent même pas dans le champ de l’expertise, la direction générale de la Santé considérant qu’ils ne modifient pas la composition chimique de l’eau. L’agence recommande que les fabricants tiennent des preuves d’efficacité à disposition des autorités. En attendant, aucune méthode d’essai normalisée n’existe en France pour les départager.
Une variante portative circule sur le même argument, du côté des bouteilles et des carafes qui annoncent transformer l’eau qu’on y verse par une électrolyse dissolvant de l’hydrogène. Le procédé et ce qu’il produit réellement, c’est expliqué ici. Il s’adresse à celui qui boit, pas à la cuve : rien de ce qu’il fabrique n’atteint jamais un ballon d’eau chaude.
« Une eau douce, c’est mieux pour l’appareil. » C’est mieux pour la résistance et pire pour tout le reste. Sous 8 °f, l’anode part beaucoup plus vite, le cuivre se dissout davantage, et le fabricant se retire. Un chauffe-eau supporte le mieux une eau moyenne, celle dont personne ne parle parce qu’elle ne laisse ni trace blanche ni goût.
« Un filtre en tête d’installation protège du calcaire. » Un filtre à tamis arrête le sable, les particules de rouille et les débris de travaux. Le calcium dissous passe au travers sans ralentir, parce qu’il n’est pas une particule. Ce filtre a son utilité, elle est simplement ailleurs.
Questions fréquentes
Où trouver la dureté de l'eau de ma commune ?
Deux endroits, et aucun n'est une carte de France. La synthèse annuelle du contrôle sanitaire arrive une fois par an avec la facture d'eau, et elle porte le titre hydrotimétrique en degrés français. Le service du ministère de la Santé publie les mêmes analyses, commune par commune et prélèvement par prélèvement. Un kit de bandelettes vendu en magasin donne un ordre de grandeur, pas la valeur qui sert à discuter avec un fabricant.
Un adoucisseur protège-t-il aussi la chaudière et les radiateurs ?
Non, et pour une raison de plomberie. Le circuit de chauffage tourne en boucle fermée : il reçoit son eau une fois au remplissage, puis plus rien. Le calcium qu'il contenait au départ s'est déposé depuis longtemps et il n'en arrive pas de nouveau. Ce qui s'accumule là-dedans, ce sont des boues de corrosion, un problème sans rapport avec la dureté de l'eau du robinet.
Mon eau est douce. Y a-t-il quand même quelque chose à surveiller ?
L'anode magnésium. Elle se sacrifie pour protéger l'acier de la cuve, et plus l'eau est douce, plus vite elle disparaît. Sur une eau à 6 ou 7 °f, la barre peut être consommée en trois ans quand elle en tiendrait cinq ailleurs. C'est le seul contrôle qui justifie de faire ouvrir un ballon électrique.
Le groupe de sécurité goutte pendant la chauffe, faut-il le changer ?
Pas forcément. L'eau se dilate en chauffant et cet écoulement est prévu : Atlantic annonce jusqu'à 3 % du volume de la cuve par cycle de chauffe. Un goutte-à-goutte permanent, appareil à l'arrêt, désigne autre chose : une pression de réseau trop haute, ou un clapet encrassé par le tartre.
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