Vincent FerrandRédacteur technique
Changer la tête d'un thermostat de radiateur : le filetage d'abord
Une tête neuve ne se visse pas sur n'importe quel corps de robinet. M30 × 1,5, M28, le pas fin d'Oventrop, les colliers Danfoss : reconnaître le sien sans rien démonter.
En bref
La tête se dévisse seule, sans vidange et sans plombier, à condition qu'elle se revisse quelque part. Le raccordement le plus courant est le M30 × 1,5, mais le M28 × 1,5 de Comap ancien, le M30 × 1,0 d'Oventrop et les colliers Danfoss RA, RAVL et RAV équipent encore des centaines de milliers de radiateurs. Ils se distinguent à l'œil, tête en place. Et un radiateur resté froid vient presque toujours de la tige du corps, pas de la tête.
Ce qui se change, c’est la tête, pas le robinet
Un robinet thermostatique est fait de deux pièces qui se vendent séparément. Le corps est vissé sur le radiateur et raccordé à la tuyauterie : il porte le clapet, son siège et la tige de laiton qui commande l’ouverture. La tête se pose par-dessus. Elle ne voit jamais l’eau. Un bulbe, un soufflet, un ressort, un volant gradué. Rien de plus.
Cette séparation commande tout le reste. Une tête se remplace en deux minutes, chaudière en marche, sans qu’une goutte sorte : l’étanchéité est tenue par le presse-étoupe du corps, auquel personne ne touche. Quinze euros pour une tête sans marque, trente à trente-cinq pour une Danfoss ou une Heimeier. Changer le corps relève d’un autre métier, avec vidange du circuit, dépose du raccord fileté, remise en eau et repurge de toute la colonne.
Ce qui use une tête tient en trois pannes, et aucune ne demande de toucher au corps : le bulbe qui perd sa charge et laisse le volant tourner dans le vide, les crans du volant qui s’arrondissent, la graduation effacée par vingt ans de doigts. Les trois se règlent avec une pièce neuve, à condition qu’elle se visse sur le corps en place. Ce qui est loin d’être acquis.
Reconnaître son raccordement sans rien démonter
Deux familles se partagent le parc français, et elles se distinguent à un mètre de distance.
D’un côté, les raccordements vissés : sous la tête, un écrou moleté laisse voir des filets. C’est l’immense majorité des installations posées depuis les années 1990. De l’autre, les colliers Danfoss : le col est lisse, entouré d’une bague de serrage avec une vis latérale, ou d’un clip qui s’ouvre à la clé Allen. Danfoss est à peu près le seul fabricant à avoir tenu ce système, et il l’a tenu longtemps.
Le diamètre tranche ensuite, et une pièce de deux euros fait office d’étalon : elle mesure 25,75 millimètres. Posée en travers d’un collier, elle le déborde nettement sur un RA, elle tombe pile sur un RAVL, elle est largement débordée sur un RAV. Danfoss donne ses trois chiffres dans sa propre fiche de correspondance : 22, 26 et 34 millimètres.
Sur un raccordement vissé, deux millimètres séparent le M30 du M28. Une règle posée droit sur le diamètre extérieur de l’écrou suffit à les départager, à condition de viser l’écrou et non le volant qui le recouvre.
| Ce que vous voyez sous la tête | Le raccordement | Les marques | Ce qu’il faut commander |
|---|---|---|---|
| Écrou moleté, filets nets, 30 mm | M30 × 1,5 | Heimeier, Honeywell, Comap récent, Caleffi, Oventrop depuis 1999, Danfoss RA-N | La tête se visse directement |
| Écrou fileté de 28 mm | M28 × 1,5 | Comap ancien, Herz, MMA, Terrier, Siemens, Olymp | Une bague M28, souvent fournie dans la boîte |
| Écrou de 30 mm, filets deux fois plus serrés | M30 × 1,0 | Oventrop jusqu’en 1998 | La bague Oventrop 1011445, à commander à part |
| Écrou de 32 mm | M32 × 1,0 | Ista | Bague dédiée, jamais fournie |
| Bague de serrage de 22 mm, clip ou vis Allen | Danfoss RA | Danfoss RA 2000, depuis 1986 | Bague RA, présente dans presque toutes les boîtes |
| Bague de serrage de 26 mm | Danfoss RAVL | Danfoss, 1971 à 1985 | Le kit Danfoss 014G0250, bague et rallonge de tige |
| Bague de serrage de 34 mm | Danfoss RAV | Danfoss, jusqu’en 1970 | Le même kit 014G0250, rallonge de tige comprise |
| Bague d’environ 30,5 mm | Collier Vaillant | Vaillant | Bague dédiée, rarement fournie |
| Bague de 22,6 mm, ou écrou de 30 mm sur les modèles récents | Collier propriétaire, puis M30 × 1,5 | Giacomini | Bague Giacomini sur les corps anciens, rien sur les récents |
Les bagues coûtent de cinq à douze euros à l’unité, et la plupart des têtes programmables en embarquent trois ou quatre. Regardez le contenu de la boîte avant de commander séparément.
Avant de commander, vérifiez que c’est bien la tête
Un radiateur froid en octobre pendant que les autres chauffent, c’est la panne la plus fréquente de l’installation, et c’est aussi celle qui fait acheter le plus de têtes pour rien.
Un radiateur resté froid après l'été ne se répare pas avec une tête neuve.
La tige de laiton du corps est restée enfoncée cinq mois sous la poussée du bulbe, et l'oxyde l'a collée dans son logement. La pièce neuve appuiera exactement au même endroit, avec la même force, sur la même tige coincée. Le radiateur restera froid.
Quatre gestes séparent les deux pannes, et ils prennent le temps d’un café.
- Déposez la tête, radiateur en service Écrou moleté à la main, bague à desserrer d'un tour sur un Danfoss. Rien ne coule, le presse-étoupe reste en place.
- Poussez la tige du corps au doigt Elle dépasse de deux à trois millimètres et doit remonter seule quand vous relâchez. Enfoncée à ras et dure, c'est elle le coupable, et la tête n'y est pour rien : le déblocage se fait à la pince, sans démonter le robinet, et la marche à suivre tient en six gestes.
- Tournez le volant de la tête déposée, du 5 vers le flocon Le poussoir central doit sortir d'environ quatre millimètres sur la course complète. S'il ne bouge pas, la mécanique interne est finie.
- Trempez la tête dans l'eau chaude du robinet Volant sur 3, la partie sensible sous l'eau à 50 °C pendant une minute : le poussoir sort. Sous l'eau froide, il rentre. S'il reste immobile alors que le volant, lui, le fait bouger, le soufflet a perdu sa charge. Là, une tête neuve règle le problème.
Ce test à l’eau chaude vaut aussi à l’achat d’un logement, sur des têtes dont personne ne sait l’âge. Celle qui répond encore à la température se garde, quelle que soit la couleur du plastique.
Mécanique ou programmable : ce que la règle demande vraiment
Le choix se pose maintenant pour une raison qui n’a rien à voir avec le confort. L’article R. 241-31-1 du code de l’énergie impose une régulation automatique par pièce, à pas horaire, avec quatre allures programmables : confort, réduit, hors gel et arrêt, dont un basculement automatique entre les deux premières.
Le modèle mécanique tient la régulation par pièce et sait faire le hors gel. Il n’a pas d’horloge. À vingt-trois heures, il ne descend pas tout seul de 20 à 17 °C, et c’est sur cet abaissement de nuit que se gagne l’essentiel d’une facture de chauffage.
La mécanique
Quinze à trente-cinq euros, aucune pile, aucune panne d'électronique, une durée de vie qui se compte en décennies. Elle régule une pièce autour d'une consigne fixe et ne fait rien d'autre. Le réglage de nuit se fait à la main, radiateur par radiateur, ou ne se fait pas.
La programmable
Trente-cinq à quatre-vingts euros, deux piles à changer tous les un à deux ans, un petit moteur qui claque une fois par heure dans une chambre silencieuse. En échange, l'abaissement de nuit et l'abaissement d'absence se règlent une fois pour toutes.
Le vocabulaire des rayons mélange deux objets. Avec son écran, ses piles et son horloge, la tête programmable autonome satisfait le texte réglementaire toute seule. La version connectée y ajoute une liaison radio vers une passerelle à brancher sur la box, cinquante à quatre-vingts euros de plus, parfois un abonnement pour la détection d’absence. La passerelle sert votre téléphone, pas votre conformité.
Les échéances, elles, ont bougé. Le texte de juin 2023 visait le 1er janvier 2027 pour tout le monde ; un décret du 26 décembre 2025 a repoussé les bâtiments existants au 1er janvier 2030, et 2027 ne vaut plus que pour les permis déposés à partir de cette date. Les dispenses et le partage entre propriétaire et locataire relèvent du décret lui-même. Pour qui achète des têtes cet automne, il reste le temps de choisir, et aucune raison de payer une urgence qui n’existe plus.
Les deux camps partagent une faiblesse. La tête programmable pousse sur la même tige de laiton que la mécanique, avec un moteur pas plus puissant qu’un ressort. Sur un corps grippé, elle affiche une consigne parfaite et ne commande rien du tout. La tige se débloque avant, pas après.
Ce qu’on lit ailleurs et qui ne tient pas
« Les têtes thermostatiques sont universelles, c’est du M30 × 1,5. » Le M30 × 1,5 équipe la grande majorité des robinets vendus depuis trente ans. Le parc plus ancien n’a pas disparu pour autant : Comap a écoulé du M28 pendant des années sur le marché français, Oventrop du pas fin jusqu’en 1998, Danfoss des colliers depuis 1955 et encore aujourd’hui. Un logement des années 1970 ou 1980 sort donc souvent du standard, et c’est ce parc-là qu’on rééquipe.
« Radiateur froid, changez la tête thermostatique. » Le conseil traîne partout, y compris chez des vendeurs de têtes. Il inverse la cause et l’effet dans la grande majorité des cas : c’est la tige du corps qui colle, la tête fonctionne encore, et la remplacer ne change rien au diagnostic ni au radiateur.
« Le décret impose des thermostats connectés au 1er janvier 2027. » Deux erreurs dans une phrase. La date de 2027 ne vaut plus que pour le neuf depuis fin 2025, l’existant a jusqu’en 2030. Et le texte parle de régulation programmable, pas de connexion : une tête à écran sans passerelle satisfait l’exigence.
« Il faut couper le chauffage et vidanger pour changer une tête. » Cette précaution vient de la confusion entre la tête et le corps. La dépose de la tête se fait installation en marche, sans purge et sans clé à molette. La vidange ne devient nécessaire que le jour où l’on touche au corps, c’est-à-dire quand le filetage a été abîmé ou quand la mécanique interne est morte.
Prix relevés en août 2026. Ils bougent — vérifiez la date avant de vous en servir pour négocier.
Questions fréquentes
Une tête achetée en grande surface va-t-elle sur un robinet de 1975 ?
Souvent, oui, mais jamais directement. Un corps de cette époque est soit un Danfoss à collier, soit un Oventrop au pas fin, et les deux réclament une bague intermédiaire. Les têtes programmables du commerce arrivent avec trois ou quatre bagues dans la boîte, ce qui couvre les Danfoss et le M28. Le M30 × 1,0 d'Oventrop, lui, se commande à part chez le fabricant.
L'écrou est pris dans la peinture, comment déposer la tête sans rien casser ?
Passez un cutter dans le joint entre l'écrou et le corps, tout autour, pour couper le film de peinture avant de tourner. Sans cette entaille, la peinture tient les deux pièces ensemble et l'effort part dans le plastique du volant, qui se fend. Ensuite une pince multiprise, un chiffon entre les mors, et un quart de tour ferme.
Ça suinte à la base de la tête une fois qu'elle est reposée, d'où ça vient ?
Pas de la tête. La goutte sort du presse-étoupe du corps, la petite bague qui serre la tige de laiton, et elle apparaît souvent après un déblocage un peu vif ou une aspersion de dégrippant. Un huitième de tour sur l'écrou du presse-étoupe, radiateur en service, arrête la plupart de ces suintements. S'il coule toujours, c'est le corps qu'il faut reprendre.
Faut-il des têtes connectées pour être en règle ?
Non. Le code de l'énergie demande une régulation par pièce à pas horaire et quatre allures de programmation, dont un basculement automatique entre confort et réduit. Une tête électronique autonome, avec son écran et ses piles, coche tout ça sans passerelle ni application. La connexion sert au confort d'usage, pas à la conformité.
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