Vincent FerrandRédacteur technique
Température d'une chambre la nuit : 17 °C, et ce que ce chiffre rapporte
17 °C la nuit, c'est la consigne d'une chambre inoccupée, pas une prescription de sommeil. Ce que ce réglage rend sur la facture, et l'humidité qu'il fait monter.
En bref
L'ADEME situe la chambre à 17 °C la nuit, au même niveau qu'une pièce inoccupée. Descendre toutes les chambres de 19 à 17 °C retire environ 5 % au poste chauffage, pas 14 % : la règle des 7 % par degré porte sur la consigne moyenne de toutes les pièces. En échange, l'humidité relative de la pièce gagne sept points, et c'est elle qui décide si le réglage tient jusqu'en février.
17 °C, c’est la consigne d’une pièce vide
L’ADEME range la chambre à 17 °C, et elle l’écrit sur une seule ligne : 17 °C « quand elle est inoccupée et la nuit ». Les deux situations partagent le même chiffre. Une chambre où quelqu’un dort est traitée, côté chauffage, comme une chambre où personne n’est entré de la journée.
Ce chiffre sort d’un guide d’économies d’énergie, pas d’un protocole de laboratoire. Il voisine dans la même grille avec 19 °C pour les pièces de vie occupées, 16 à 17 °C pour ces mêmes pièces quand elles sont vides, 22 °C pour une salle de bains en usage et 16 à 17 °C le reste du temps. Ce sont des consignes de chauffage réglées sur l’occupation, rien d’autre.
Ce qui autorise à traiter un dormeur comme une absence, c’est qu’il n’est pas exposé à l’air de la pièce. Sous une couette, la couche d’air au contact de la peau ne dépend presque plus du thermostat. Un réglage de chauffage ne décide donc que d’une moitié de l’équation : celle de l’air ambiant, du visage, des épaules découvertes et de la pièce au réveil.
L’autre moitié ne se règle sur aucun appareil. Le pouvoir isolant de la couette, la matière du drap, ce que le sommier laisse fuir par-dessous : ce sont des équipements de literie, ils se comparent sur des sites qui ne traitent que de ça, buenasnoches.fr par exemple, et aucune consigne de radiateur ne rattrape une couette d’été au mois de janvier. Les 17 °C supposent cette moitié-là déjà réglée. Sans elle, l’occupant remonte le thermostat, et il a raison de le faire.
La loi fixe 19 °C en moyenne, pas 19 °C par pièce
L’article R. 241-26 du code de l’énergie pose la limite supérieure de température de chauffage « en moyenne à 19 °C », « pour l’ensemble des pièces d’un logement ». Deux expressions portent tout le sens : en moyenne, et pour l’ensemble.
Le texte ne plafonne aucune pièce en particulier. Une chambre à 17 °C, un couloir à 18, un séjour à 21 respectent la règle tant que la moyenne des pièces reste sous 19. La grille de l’ADEME est une façon de tenir cette moyenne : les chambres la tirent vers le bas, ce qui laisse de la marge pour la pièce où se passe la soirée.
L’article suivant, R. 241-27, descend cette moyenne à 16 °C pendant les inoccupations de vingt-quatre à quarante-huit heures. Aucun contrôle ne vient relever un thermomètre de chambre chez un particulier. L’intérêt pratique de ces deux articles est ailleurs : ils disent dans quel sens la moyenne se calcule, et cette phrase-là vaut d’être connue avant de s’interdire un séjour à 20 °C.
Deux degrés de moins dans les chambres ne retirent pas 14 % à la facture
Le chiffre qui circule vient de l’ADEME et il est juste : baisser la température de consigne de 1 °C fait gagner en moyenne 7 % sur la facture de chauffage. Deux mots de cette phrase se perdent systématiquement en route.
Le premier est consigne. Les 7 % portent sur la consigne moyenne du logement, celle du code de l’énergie, et non sur le réglage d’une pièce isolée. Baisser une chambre de deux degrés ne baisse pas la consigne moyenne de deux degrés : elle la baisse au prorata de ce que cette chambre pèse dans la surface chauffée.
Le second est chauffage. Les 7 % s’appliquent au poste chauffage, pas à la facture d’énergie entière. Le chauffage pèse 66 % des dépenses énergétiques d’un logement français, d’après le service statistique du ministère de la Transition écologique. Cinq pour cent gagnés sur le poste chauffage valent donc un peu plus de trois pour cent sur la facture complète.
| Ce qu’on descend de 19 à 17 °C | Part de la surface chauffée | Baisse de la consigne moyenne | Ce que ça retire au poste chauffage |
|---|---|---|---|
| une chambre de 12 m² dans une maison de 100 m² | 12 % | 0,2 °C | environ 2 % |
| une chambre de 12 m² dans un T2 de 45 m² | 27 % | 0,5 °C | environ 4 % |
| les deux chambres d’un T3 de 65 m² | 34 % | 0,7 °C | environ 5 % |
| les trois chambres d’une maison de 100 m² | 36 % | 0,7 °C | environ 5 % |
| le coin nuit d’un studio de 30 m² | 33 % | 0,7 °C | environ 5 % |
Deux effets tirent en sens contraire, et l’ordre de grandeur y survit. Une chambre porte souvent plus de mur extérieur au mètre carré qu’un couloir, ce qui augmente sa part réelle de déperdition. À l’inverse, une pièce plus froide que ses voisines leur prend de la chaleur à travers des cloisons qui ne sont presque jamais isolées, et cette chaleur-là est repayée par le radiateur d’à côté.
2 % retirés au poste chauffage quand une seule chambre de 12 m² passe de 19 à 17 °C dans une maison de 100 m².
Le calcul n’a rien de décourageant. Il déplace la question : elle porte sur le nombre de pièces qu’on descend, bien plus que sur la profondeur de la descente.
L’humidité relative gagne sept points pendant que la température descend
Un air à 19 °C chargé à 50 % d’humidité relative ne contient pas moins d’eau une fois ramené à 17 °C. Il en contient exactement autant. Mais l’air froid en porte moins avant saturation, et le même air affiche alors 57 %. À 16 °C, 60 %. À 14 °C, 69 %.
Rien n’a été ajouté à la pièce. C’est la mesure qui se déplace, parce que l’humidité relative se lit toujours par rapport à ce que l’air pourrait porter à sa température du moment.
Le point de rosée, lui, ne bouge pas : 8,3 °C dans cet exemple. C’est la température à laquelle une surface se couvre d’eau. Tant qu’aucune paroi de la chambre ne descend sous 8,3 °C, rien ne se condense nulle part.
L’occupation de la pièce fait monter les deux valeurs. Un dormeur relâche de la vapeur d’eau toute la nuit par la respiration et par la transpiration, dans une pièce dont la porte est fermée et le volet tiré. À deux, sur huit heures, dans douze mètres carrés. La teneur en eau grimpe, le point de rosée grimpe avec elle, et le seuil de condensation remonte vers des températures de paroi qu’un mur extérieur atteint sans mal en janvier.
L’ADEME situe entre 40 et 60 % la plage d’humidité relative où l’on se sent bien. Une chambre partie de 50 % à 19 °C y reste de justesse à 17 °C, et n’y reste plus une fois la nuit passée à deux, porte close.
La ventilation décide autant que le radiateur
L’arrêté du 24 mars 1982 organise l’aération des logements par balayage : l’air neuf entre par les pièces principales, chambres et séjour, traverse le logement et ressort par les pièces de service, cuisine, salle de bains, cabinets d’aisances, où se trouvent les bouches d’extraction.
Une chambre est donc une entrée, jamais une sortie. Elle reçoit une entrée d’air, en menuiserie ou dans le coffre de volet roulant, et rien n’y aspire. Toute la vapeur produite pendant la nuit doit sortir par la porte, passer sous la porte plus exactement, traverser le couloir et rejoindre l’extraction de la salle de bains ou de la cuisine.
Trois gestes très répandus coupent ce trajet, et les trois se font en hiver pour avoir moins froid : obturer l’entrée d’air parce qu’elle souffle, poser un boudin au bas de la porte, dérouler un tapis épais qui comble le détalonnage. La pièce garde alors son eau. Et c’est la pièce la plus froide du logement.
Une chambre à 19 °C pardonne une ventilation médiocre. Une chambre à 17 °C ne la pardonne plus : les deux degrés retirés rapprochent les parois du point de rosée au moment précis où l’on empêche l’eau de sortir.
Sur quoi se pose un 17 °C de chambre
Un robinet thermostatique ne sait pas l’heure. Il régule sur la température de la pièce et sur rien d’autre, ce qui en fait l’organe adapté à cette consigne-là : la grille demande 17 °C la nuit et 17 °C quand la chambre est vide, soit la même valeur en permanence. Une chambre n’a donc pas besoin d’être programmée. Le repère 2 vise 16 °C et le repère 3 vise 20 °C, chaque trait de graduation en valant un : les 17 °C se posent sur le premier trait au-dessus du 2.
Ce robinet fixe un plafond, jamais un plancher. Il retire de la chaleur à une chambre qui monterait au-delà de 17 °C ; il n’en fabrique aucune. Si le thermostat d’ambiance du séjour a coupé la chaudière pour la nuit, la tête de la chambre s’ouvre sur un circuit froid et la pièce descend où l’inertie du bâtiment la mène. Le 17 °C d’une chambre dépend d’abord de ce que fait la régulation centrale.
Sur un chauffage électrique, la question se pose ailleurs : chaque radiateur porte son propre thermostat et reçoit ses ordres par fil pilote ou par récepteur sans fil, si bien que la consigne de la chambre s’écrit appareil par appareil. Le décret n° 2023-444 rendra le thermostat programmable obligatoire dans tous les logements au 1er janvier 2027. Pour une chambre, ce que la programmation apporte reste mince, puisque la consigne y est la même jour et nuit. Elle sert au séjour.
Sur une pompe à chaleur, le réduit profond se retourne contre celui qui le pose. Le rendement d’une machine thermodynamique se dégrade à mesure que la température de départ d’eau monte, et cette température est calculée par la loi d’eau en fonction de l’écart à rattraper. Une consigne rabattue de trois ou quatre degrés pendant la nuit oblige la régulation à réclamer une eau plus chaude au petit matin, parfois à réveiller la résistance électrique d’appoint, qui chauffe au rendement d’un grille-pain. Daikin l’écrit dans ses propres conseils de réglage : ne pas abaisser la consigne ambiante de plus de 1 °C, et viser 18 °C la nuit.
Sur une pompe à chaleur, les 17 °C de chambre ne se prennent pas sur la consigne générale.
Ils se posent au robinet de la chambre, pendant que la machine garde une consigne stable pour le reste du logement. Un réduit de trois degrés sur l'ensemble rend au petit matin ce qu'il avait fait gagner pendant la nuit.
Ce qu’on lit ailleurs et qui ne tient pas
« 17 °C, c’est la température qui fait bien dormir. » Le chiffre est réel, sa provenance ne l’est pas. Il vient d’une grille de consignes de chauffage dans laquelle la chambre occupée la nuit et la chambre vide portent la même valeur. Une recommandation d’économie d’énergie circule partout comme un optimum physiologique.
« Deux degrés de moins, c’est 14 % d’économies. » Les 7 % par degré portent sur la consigne moyenne du logement entier et sur le seul poste chauffage. Deux degrés retirés à une chambre de douze mètres carrés dans une maison de cent déplacent cette moyenne de deux dixièmes de degré, pas de deux degrés.
« Une chambre fraîche est une chambre saine. » C’est l’inverse qui se produit, à ventilation constante. L’air refroidi porte la même eau et affiche une humidité relative plus haute, et les parois froides se rapprochent du point où elles se mouillent.
« Le radiateur de la chambre se ferme la nuit. » Fermer n’est pas baisser. Une pièce dont le robinet est en butée basse descend jusqu’à la température que lui imposent ses voisines, à travers des cloisons non isolées, et cette chaleur volée est produite par le radiateur de la pièce d’à côté. La dépense se déplace, elle ne disparaît pas.
« On rattrape le matin en poussant le robinet à fond. » Le volant d’une tête thermostatique fixe une température de coupure, pas un débit. En butée haute, il laisse passer l’eau plus longtemps ; il ne la fait arriver ni plus vite ni plus chaude.
Questions fréquentes
Faut-il programmer un réduit de nuit sur la chambre ?
La grille de l'ADEME donne 17 °C dans une chambre la nuit et 17 °C quand elle est inoccupée. C'est la même valeur, donc il n'y a rien à programmer : une tête thermostatique laissée sur sa position tient la consigne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La programmation sert au séjour, où la consigne passe de 19 °C en soirée à 16 ou 17 °C le reste du temps.
Combien de temps une chambre à 17 °C met-elle à remonter à 19 °C le matin ?
Cela ne dépend pas de la consigne mais de deux choses : la puissance que le radiateur peut délivrer au-delà de ce que la pièce perd, et l'inertie des parois. Un radiateur surdimensionné dans un logement léger y arrive en une demi-heure, un plancher chauffant dans une maison en pierre n'y arrive jamais avant midi. C'est la raison pour laquelle un plancher chauffant ne se pilote pas en marche-arrêt.
17 °C, est-ce que ça vaut aussi pour une chambre d'enfant ?
L'ADEME distingue les deux cas dans la même grille : 17 °C la nuit dans une chambre d'enfant, mais 19 °C lorsqu'elle sert aussi de pièce de jeu en journée. La différence tient à l'occupation, pas à l'âge : un enfant qui joue au sol dans une pièce à 17 °C n'est pas dans la même situation qu'un enfant couché.
Un robinet thermostatique suffit-il à tenir 17 °C dans une chambre ?
Il suffit à empêcher la pièce de dépasser 17 °C, ce qui est déjà l'essentiel. Il ne garantit pas qu'elle les atteigne : une tête thermostatique ouvre un passage, elle ne fabrique pas d'eau chaude. Si le thermostat d'ambiance du séjour a coupé la chaudière pour la nuit, la chambre descend où l'inertie du logement la mène, tête grande ouverte.
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